1 (3753)Le 10/04/2016.

Nom scientifique : Leucogeranus leucogeranus (=Grus leucogeranus)

Synonyme : Grue blanche [à ne pas confondre avec la Grue blanche américaine, qui lui est étroitement apparentée].

Classe : Oiseaux

Ordre : Gruiformes

Famille : Gruidés

Description : grue de grande taille, au plumage blanc pur à l'exception des rémiges primaires noires. Face nue et rouge, bec rouge et noir, pattes rouge sang, iris des yeux jaunes. Les plumes ornementales du bout des ailes cachent la queue. Le mâle est plus grand que la femelle.

Les jeunes n'ont pas la face nue, leur plumage est blanc et roussâtre.

1 (13700)Le 16/09/2018.

Longueur : 115 à 127 cm.

Hauteur : 1,4 m.

Envergure : 2,1 à 2,3 m.

Poids : 7 à 10 kg (record de 15 kg).

Durée de vie : très longue, des sujets captifs ont atteint l'âge de 62 et 83 ans !

Aire de répartition : espèce migratrice de longue distance : niche dans la toundra et la taïga sibérienne (deux sous-populations) ; hiverne en Chine, Iran et (jusqu'à une époque récente) dans le sous-continent indien. En migration, elle atteint l'extrême Est de l'Europe (delta de la Volga) et occasionnellement Taïwan.

Habitat : zones marécageuses arctiques, toundras et taïgas parsemées de lacs en été, marais, prairies humides et lacs de barrage en hiver. En période de nidification, c'est la grue la plus exigeante en matière d'habitat.

1 (3745)Le 10/04/2016.

Comportement : oiseau territorial sur son lieu de reproduction (vit en couples, qui défendent jalousement leur aire contre les intrus y compris de leur propre espèce), davantage grégaire en hiver.

Ces oiseaux sont actifs de jour, leur grande taille et la longueur de leur cou leur permet de s'alimenter en immergeant la tête.

Les Grues de Sibérie communiquent avec une grande diversité de cris, variant en fonction des sexes et des individus ; les couples chantent en duo au cours d'une parade nuptiale, davantage pratiquée chez les jeunes.

La migration de printemps a lieu entre fin mars et mai.

L'espèce est intégralement migratrice.

La densité des oiseaux nicheurs est extrêmement faible (1 couple pour 625 km²), ce qui peut s'expliquer par la grande rudesse de l'habitat de nidification, composé de toundras.

La migration d'automne se déroule entre la fin de septembre et décembre.

Les migrations se font en petites troupes allant jusqu'à 10-15 oiseaux.

Alimentation : espèce omnivore, se nourrit de racines, de pousses, de tubercules, de graines, de feuilles, de baies, de petits rongeurs (campagnols et lemmings), d'insectes, de vers de terre, de poissons, d'amphibiens et de petits oiseaux. Des spéciments captifs se sont aussi alimentés d'insectes et d'oeufs d'oiseaux. Ils avalent des gravillons pour mieux digérer leur nourriture (comportement fréquent chez de nombreuses espèces d'oiseaux).

Compte tenu de ses déplacements depuis les régions polaires jusqu'en zone tropicale ou subtropicale, et de ses besoins biologiques (notamment la croissance des jeunes dans l'Arctique), elle va être davantage végétarienne sur ses lieux d'hivernage et manger plus de matières animales durant la nidification.

Reproduction : le nid est placé dans un terrain marécageux en bordure d'un lac, les oeufs sont pondus début juin quand la neige arctique a fondu. Les couples nichent en colonies très lâches (distance moyenne de 3 km entre chaque nid) et défendent leur aire pendant toute la saison de reproduction, jusqu'à leur départ début septembre. Le nid est rudimentaire : un petit monticule plat fait d'herbes et de roseaux, surélevé de 10 à 15 cm au-dessus du niveau de l'eau. Il y a 1 ou 2 oeufs par couvée, qui éclosent au bout de 27 à 29 jours, les jeunes volent 70 à 80 jours après l'éclosion mais la mortalité des poussins est très élevée (seul 1 jeune survit dans la majorité des cas) et l'accroissement potentiel est très faible (le plus faible connu parmi les grues). La maturité sexuelle est tardive : elle survient à l'âge de 7 ans.

1 (13703)Le 16/09/2018.

Statut IUCN : en danger critique d'extinction

Menaces et protection : l'espèce est de loin la plus menacée des grues, la sous-population occidentale en particulier est au bord de l'extinction avec seulement une vingtaine de survivants au maximum, l'hivernage est devenu exceptionnel dans certains pays où elle se rendait jadis en nombre (1 seul individu en Iran en 2010, dernière observation en Inde en 2002 alors que 74 oiseaux y étaient encore vus en 1974 ; dans des temps plus reculés, il est même possible qu'elle ait atteint la vallée du Nil égyptien !). Un certain nombre d'oiseaux a été récemment réintroduit en Iran (139 oiseaux nés en captivité, relâchés entre 1991 et 2010) et en Russie du Sud (6 oiseaux relâchés dans le delta de la Volga en 2012).

La population de l'Est, qui hiverne en Chine, est moins rare (3.200 à 4.000 oiseaux), mais elle est menacée par l'altération de son principal habitat d'hivernage, le Lac Poyang.

Les principales menaces qui pèsent sur l'espèce concernent ses lieux d'hivernage et de migration (le Grand Nord sibérien étant quant à lui très peu peuplé). Il s'agit de la destruction des marais, des aménagements hydrauliques (tel le barrage des Trois-Gorges), de l'usage intensif de pesticides et d'engrais, du braconnage et de l'usage de munitions au plomb (qui pollue les milieux aquatiques même s'il ne vise pas nécessairement cette espèce).

La reproduction dans la nature peut être compromise par les dérangements (troupeaux de rennes, chiens de berger...) et la reproduction en captivité est très difficile (les mâles tuaient souvent leurs partenaires).

Pour que la reproduction puisse réussir, les centres d'élevage tels que celui de Baraboo (Etats-Unis) ont dû recourir à l'insémination artificielle, à l'incubation par d'autres espèces de grues moins exigeantes (par exemple la Grue du Canada, une espèce abondante et non-menacée) et même à l'usage de lampes qui reconstituent la longue durée des journées de l'été arctique, augmentant les populations captives ! Il est à noter que ces procédés ont permis de sauver sa cousine la Grue blanche américaine Grus americana, qui fut un temps considérée comme l'espèce la plus menacée du genre mais dont les populations ont récemment augmenté.

Des oeufs prélevés en Sibérie ont même été incubés dans un centre d'élevage aux Etats-Unis, fait assez extraordinaire au vu du contexte géopolitique entre les deux pays.

L'espèce fait partie de la liste des oiseaux dont la conservation est recherchée par l'accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs Afrique-Eurasie (convention de Bonn) et par un mémorandum international associant 11 pays eurasiatiques visant à améliorer la recherche scientifique sur l'espèce et sa protection. Elle est protégée dans certains pays de son aire de répartition - dont la Russie, où elle niche - et son commerce international est interdit (espèce inscrite à l'annexe I de la Convention de Washington ou CITES).

Quelques parcs et aires protégées l'accueillent d'une manière régulière ou occasionnelle : par exemple la Réserve naturelle d'Astrakhan (Russie européenne, en étape migratoire) ou le Parc national de Keoladeo (Inde, où elle hivernait naguère).

Les actions entreprises portent leurs fruits dans certains pays notamment la Chine où hivernent la quasi-totalité des oiseaux, avec une tendance à l'augmentation dans les dernières décennies autour du lac Poyang qui est devenu le principal lieu d'hivernage au monde : en 2021, 4.500 oiseaux y ont passé l'hiver (contre une centaine dans l'hiver 1980/81).

Pour sauvegarder définitivement l'espèce, il est nécessaire de protéger davantage d'aires d'hivernage et de réduire sinon interdire l'usage de la grenaille de plomb dans les activités de chasse.

Peu de parcs zoologiques en présentent en Europe : seulement 19 (en incluant les parcs russes) en ont en juill. 2022 (source : Zootierliste) dont 3 en France : le Zoo de Labenne (Landes), le Parc ornithologique de Clères (Normandie) et Beauval.

Au Zooparc de Beauval : un couple est présenté dans un enclos boisé (ancien parc des Tamanoirs) depuis avril 2016 ; probablement en provenance du Zoo de Saint-Thibéry (département de l'Hérault, fermé durant l'hiver 2015-2016). Parfois des Paons ou autres volatiles peuvent se retrouver dans leur enclos mais pour de brèves périodes. Reproduction : des pontes ont déjà eu lieu (par exemple en juin 2020) mais n'ont pas donné lieu à des éclosions jusqu'à présent.

Le savez-vous ?

  • très exigeantes quant à leur habitat, les Grues de Sibérie peuvent pourtant rester fidèles à la même aire de nidification toute leur vie ! Toutefois des intempéries - notamment les neiges tardives - peuvent donner lieu au déplacement des couples nicheurs.
  • c'est un oiseau sacré pour les peuplades sibériennes yakoutes et yukaghirs, qui l'associent au soleil, au printemps et aux esprits célestes. Les chamanes se transforment à cette occasion en grues pendant la récitation des épopées traditionnelles olonkho, qui relatent l'histoire du peuple yakoute.